Avertissement : nous sommes dans le prolongement de mon dernier livre, même si Estelle ne signe pas ce texte. 

« Je rêve de rencontrer quelqu’un qui ne soit pas biberonné au porno… »

En publiant sur Internet cette phrase un soir, tard, je ne pensais pas réveiller autant de réactions.

J’avais donc encore touché à quelque chose de sensible.

Il y en a qui fantasment sur des vierges et des puceaux, moi pas.
Je veux juste qu’il/elle n’ait jamais regardé de porno.

Il/elle peut avoir eu des dizaines de partenaires sexuels, homme/femme/trans, avec les deux les trois en même temps, je m’en fiche, je veux juste qu’il/elle ne soit pas imprégné(e) de cette merde.

Sauf que c’est impossible, et on me le rappellera bientôt. La « porn culture » est partout, plus personne n’échappe au matraquage d’images, que ce soit publicitaires ou cinématographiques. Affiches, vidéos, films, séries, tout est désormais imprégné de clichés issus du X, la pornographie triomphe par sa banalisation.

Sans doute, mais peut-être que de ne pas être confronté(e) directement à la violence « explicite » aiderait un peu…

Aucun milieu social n’est épargné. L’intelligence ou le niveau d’éducation ne sont en rien des critères. La banalisation est telle qu’un homme politique a déclaré devant des millions de téléspectateurs, recevant des applaudissements du public sur le plateau, regarder du porno « comme tout le monde ».

Existe-t-il une personne sur cette planète à l’abri de cette propagande ?

Que ce soit bien clair une fois pour toutes, il ne s’agit pas ici de moralisme, il ne s’agit en aucun cas de dire quelque chose comme « le porno c’est mal ».

Pour citer la page d’un site qui invite à la réflexion sur le sujet (référence en bas de page) :

« Notre critique de la pornographie est aux antipodes de celle qu’en font les pudibonds qui eux rejettent en fait la sexualité

(…) Les corps exposés sont des objets manipulés, écartelés, morcelés, démontés. La pornographie est une forme particulièrement aboutie du spectacle de la marchandise (au sens de Guy Debord) ; elle est parfaitement en phase avec les images médiatiques produites par notre société. Le porno montre pour mieux masquer, l’image pornographique rend aveugle à la sexualité.
La pornographie dominante est un spectacle morbide, s’opposant totalement à la sexualité qui est pulsion de vie. »

De fait, il faut comprendre que le porno est imprégné de siècles de religions et n’en est que la parfaite illustration. C’est un conditionnement destructeur.
Leur fausse jouissance n’est que violence, issue de l’enfermement et de la culpabilisation des corps.

Le puritanisme se trouve là, chez celles et ceux qui continuent à croire que la pornographie est « subversive » alors qu’elle n’est que conformisme, les mêmes qui diront que la prostitution est « nécessaire » à la société pour préserver la tradition patriarcale.

Le débat sans fin sur le conditionnement néfaste des individus par la pornographie ne trouvera pas d’issu. Il y aura toujours des gens pour dire que cela n’a aucune influence, que les normes d’esthétiques et de comportement n’en sont pas une des conséquences.

Pourtant, d’autres personnes qui n’ont pas baigné dans la pornographie, racontent leurs expériences, lorsqu’ils/elles rencontrent un(e) amant(e) de cette « génération you porn ». Elles et ils sont heurtés par leur brutalité et sont même parfois sidéré(e)s par cette éducation sexuelle totalement artificielle.

Quant à la génération incriminée, ceux qui ont moins de vingt-cinq ans, il faut les écouter. Une jeune femme a écrit récemment dans un forum : « il suffit de coucher avec quelqu’un pour savoir s’il est consommateur ou non de porno », me rappelant ce que disait l’héroïne d’Apologie de la passivitésur le fait que les mecs qui avaient l’habitude de regarder du porno étaient « des mauvais coups. »

Les témoignages de femmes sont édifiants. Celles que l’on retrouve en pleurs après leurs premières relations sexuelles, celles qui se forcent pendant des années à faire des choses qu’elles n’ont pas envie de faire.

Quant aux hommes, certains osent aussi expliquer combien le porno a gâché leur vie affective (si ce n’est pas leur vie tout court). Mais on n’aime pas trop les écouter non plus, ou alors, on en fera une fiction, ce sera sur le mode de la comédie et de la caricature moralisatrice, ce qui ne fait en rien avancer les choses, ce sera sur le mode du drame, comme lorsque les spectateurs suivent le « sex-addict » du film « Shame », mais personne ne va s’identifier ouvertement à un tel cas pathologique bien sûr… Comme avec l’alcool, l’alcoolique c’est toujours l’autre. Nous, on « gère », on est « bons vivants »…

Certes, immédiatement on va brandir l’alibi de « l’underground » qui représenterait 1% de la production mondiale et qui serait du « porno différent » qui ne véhiculerait pas, soi-disant, les valeurs de la culture du viol.

Elles/ils n’ont pas compris qu’au-delà même du type de pornographie c’est la pornographie qui est problématique.

Alors bien sûr, la liberté, « chacun fait ce qu’il veut », et je ne plaiderais pas pour la censure.

Mais dans toutes ces discussions où des personnes défendent avec passion leur usage, à un moment donné la véritable question serait peut-être : le porno, mais POUR QUOI FAIRE ?

Allez-y, tuez votre imaginaire,

devenez les robots-pornos consommateurs que la société veut que vous deveniez, finalement ça arrange le système et ça va dans le sens des traditions. Restez-y si vous le souhaitez.

Depuis la sortie de mon dernier livre, je suis souvent prise à partie et confrontée aux thèmes de la pornographie et de la prostitution.

« Protège-toi ! » me dit une amie bienveillante.

Se protéger, cela veut dire, pour une survivante, ne plus chercher à expliquer ou débattre, ne plus discuter de ces sujets, ne même plus lire ou regarder les liens partagés par les amis sur les réseaux sociaux.

Ne même plus se connecter à Internet peut-être.

Et ne surtout pas cautionner ces réalisateurs qui font salle comble avec leurs endoctrinements destructeurs.

Voilà pourquoi il me faudra, de plus en plus souvent, faire silence ou retenir ma colère.

Quand les victimes doivent sans cesse nommer elles-mêmes les crimes, elles finissent étranglées dans l’angoisse et la douleur.

Et je ne voudrais pas que soudain l’on s’arrache Plainte contre X parce qu’il serait devenu mon testament.

Source : http://plaintecontre.wordpress.com/