"Et puis, il y a le porno généralisé, celui qui est devenu la norme pour les gens, avec des photos ou des vidéos d’actes sexuels, plutôt que de simples images de femmes nues, comme celles qui assuraient la vente du magazine Playboy. À la moindre erreur de terme de recherche, vous pouvez trouver sur Twitter des collections d’images, de récits et de vidéos sans restriction de « salopes » qui « en veulent » et d’« adolescentes » giflées, ligotées pour des viols collectifs, torturées jusqu’aux larmes, droguées pour faciliter leur viol, tous leurs « orifices détruits ».

On prétend que les participantes adorent cela. Je ne connais aucune adolescente qui rêve d’un prolapsus anal pour ses 20 ans, et cela ne me semble pas très sexy. Mais si les hommes sont divertis par l’idée de détruire les corps des femmes, alors je suppose que cela ne devrait pas être une surprise quand des hommes détruisent des corps de femmes.

Une des photos que j’ai vues sur un site de porno – et ce sur un compte Twitter public – était celle d’une femme couchée à plat ventre sur un lit, accroupie devrait-on dire – où l’on ne voyait d’elle qu’une mare de sang entre ses fesses écartées. C’était censé être une image sexy. Un divertissement. Des hommes se masturbent face à cette image, où une femme en chair et en os a été abusée sexuellement jusqu’au sang et quelqu’un qui a participé à son agression continue à diffuser cette image dans un but lucratif.

Une autre scène était une brève séquence .gif – sur ce même compte public Twitter – où un homme blanc essuyait ce qui était décrit comme son « cul en sueur » sur le visage d’une femme noire à genoux. On nous invite à en déduire, à partir du contexte pornographique de l’image, que cette femme a consenti à et aimé voir son visage utilisé comme du papier hygiénique pour le confort et la commodité d’un homme blanc. On nous amène à en déduire qu’elle a consenti à ce que cette vidéo soit diffusée sur Internet à l’intention de n’importe quel membre de notre société blanche et raciste. Cette image comptait parmi les moins explicites, mais les plus obsédantes, de ces photos de « sexe », accessibles facilement et sans frais.

Il y a des hommes qui sont divertis et contentés par ces images. Des millions d’hommes. C’est terrifiant.

Le fait de voir présentée comme divertissement sexuel une photo produite commercialement d’une femme, visiblement effrayée et contrainte par un poignard contre son visage, incite à déduire l’existence d’un public agréablement excité par ce scénario. J’espère ne pas connaître de tels hommes, ne jamais en rencontrer, et que jamais les personnes auxquelles je tiens ne croiseront le chemin de tels hommes. Mais comment voulez-vous les reconnaître ? Il n’existe pas un « type » d’homme qui viole et agresse – de tels hommes sont partout, ils ressemblent à tout le monde. Aucune femme n’a la moindre raison d’accorder à un homme qui aime l’image d’une femme violentée le bénéfice d’un doute à propos du fait qu’il ne voudrait pas personnellement vivre cette expérience, qu’il ne voudrait pas provoquer lui-même cette terreur".

Source (et article dans son intégralité) : https://tradfem.wordpress.com/2015/12/18/natasha-chart-la-plus-sexy-des-oppressions/